Jean Dupuy

JEAN DUPUY

Né en 1925, vit et travaille à Nice

«La Sobriété Poétique de Jean Dupuy»

Jean Dupuy est un jeune artiste de 82 ans. A la fois culte et oublié, il a traversé tous les mouvements, de l’après guerre jusqu’à aujourd’hui, côtoyé les plus grands, réinventé en permanence son esthétique. Il demeure pourtant ce que l’on appelle un «artiste pour artistes» : de ceux dont la mémoire se partage précieusement dans le secret des ateliers. De ceux que l’on vénère sans clinquant mais que les musées négligent et que le marché de l’art ignore.

Au fil de ses dessins et sculptures mobiles, Jean Dupuy se révèle toujours aussi espiègle : esprit vivace et mutin, qui peut transformer le moindre objet quotidien en trouvaille. A une époque où la production d’oeuvres d’art peut remuer des milliers d’euros et des tonnes d’énergie, il se contente de simples galets, de quelques traits et de gestes tout simples. A partir de cailloux récupérés sur la plage, Jean Dupuy construit de micro-poèmes : des interjections où le minéral tourne au verbe, des partitions où il devient note. La moindre anfractuosité acquiert soudain un sens, se métamorphose en lettre.

Une puérilité primitive

Dans une installation présentée en regard, les galets deviennent les têtes d’animaux dont le corps est dessiné en prolongement. Lancés dans des rondes en cercles infernaux, ils ont quelque chose d’infiniment préhistorique, une puérilité primitive pleine de superbe. Dans l’indifférence de Dupuy aux matériaux et aux démonstrations grandiloquentes, on devine l’amitié avec le plasticien-poète Robert Filliou (1926-1987), à qui le lia une vaste correspondance ; dans la capacité à jouer de tout et à faire du quotidien une ode, on décèle une communauté d’esprit avec Fluxus et ses membres, notamment Maciunas, dont il fut proche, avec le poète John Giorno, et le révolutionnaire zen John Cage... Quand il vécut à New York dans les années 1960 et 1970, cet artiste rebelle à l’ennui eut les plus grands pour congénères. Dans son loft, l’anarchitecte Gordon Matta-Clark et le pionnier Nam June Paik réalisèrent de mémorables performances. En sourdine, Jean Dupuy semble avoir inspiré tout un pan de l’art français d’aujourd’hui : les gestes volontairement idiots de Claude Closky, les objets à se regarder voir de Philippe Ramette, les lettrages foutraques de Stéphane Calais. Mais ce n’est pas pour ça que Jean Dupuy la ramène. A travers la sobriété low-tech de ses oeuvres, qui ne fait qu’augmenter leur efficience poétique, il donne une superbe leçon d’humilité, et rappelle une évidence : le marché de l’art n’élit pas forcément les meilleurs.

Emmanuelle LEQUEUX, Le Monde, 01 décembre 2007

 

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"Tour de passe passe", Jean Dupuy, "Rideaux sur Loire", 2009

 

 

 

 

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