Béatrice Dacher

BEATRICE DACHER

Vit et travaille à Nantes

Tout ce qui vit et meurt est un lieu d’action. Infiniment plus grand que ce que l’on peut imaginer, car l’action est souvent décisive, elle conduit le mouvement même des images, des gestes, des choix qui nous fondent. Nous sommes entourés, traversés, nous respirons pour rééquilibrer un monde qui sans cesse nous brise, notre mémoire n’est pas là pour nous isoler mais nous confondre, créer des alliances, réunir. Dans l’oeuvre accomplie de Béatrice Dacher, j’entends le doux rappel, doux mais ferme, de ces affirmations qui nous étonnent toujours. Oui, la terreur est là, nous ne trafiquerons pas avec elle, le temps annule nos corps, nous n’accepterons jamais d’en subir les coups. Plus que des remparts, les propositions sont des antidotes, au temps, au mal-être, ce sont des refus contre les apparences trompeuses, ce sont des positions. Peu importe les techniques employées malgré la vigueur du lien qu’elle entretient d’emblée avec la peinture. On pourrait ajouter : peu importe les manières, les stratégies mêmes qui fondent cette quête exigeante, des urgences se manifestent pour ne figer ni la douleur d’une absence ni l’allégresse qui nous rend hôte d’un monde que nous apprenons à habiter. Il y a bien sûr de l’exaltation dans ces tentatives de créer des relations, il y a de la méditation dans cette évaluation poétique du temps, il y a de la fantaisie à s’attacher aux hommes comme au chant des oiseaux, il y a de la colère à transplanter de la dignité dans les images que peut offrir la souffrance. Touchée, et vivement, Béatrice Dacher n’a de cesse de se déplacer sans complexe, j’allais écrire naturellement, en sachant ce qu’a d’approximatif ce terme. Elle se déplace sur l’échiquier de l’art sans souci de faire de l’art, au gré des déraisons et des lucidités, pointant des zones d’ombre, révélant des plaisirs, elle signe des oeuvres avec provisions. La famille qu’elle revendique est grande, elle n’a de cesse de s’agrandir, de se recomposer, il serait anecdotique de la réduire à une entité purement administrative. Rarement j’aurai eu autant de difficultés à mesurer les distances qui séparent le quotidien des réalisations sublimes que j’ai pu voir. Sublimes ? Précises, indifférentes aux larmes ou au pathos qui noient un sujet. Les propositions n’évacuent pas l’émotion, mais celle-ci semble retenue, elle a comme une obligation de réserve, elle affleure mais se refuse à tout commentaire un peu bavard. Elle est dense parce qu’elle n’est pas déclarative. Elle n’impose pas. Cette capacité à se mouvoir, du plus proche (la cellule familiale), au plus lointain ( les brodeuses de Bretagne ou une tisseuse en Bolivie), à interroger sa généalogie et témoigner avec un même élan de la beauté d’une rencontre, réveille en nous des désirs d’apaisement. Elle n’accuse jamais, elle pique légèrement, mais là où ça fait mal. Elle enchante sans forcer le trait, elle séduit mais dans une belle économie. Modestement. Superbement. Avec le souci de nous inviter à une danse baroque sans nous lâcher dans des vertiges inquiétants. Béatrice Dacher est une artiste qui veille.

Extrait du Texte « Tout ce qui vit» Pierre GIQUEL


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"En face", Béatrice Dacher, "Rideaux sur Loire", 2009, Photos Laurent Moriceau et Cindy Daguenet

 

Site internet : http://www.collectifr.fr/reseaux/beatrice-dacher

 

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